Stéphane Bergeron fait son entrée à l'Assemblée nationale
«Le serment prêté au peuple du Québec donne tout son sens à la fonction de membre de l’Assemblée nationale»
Allocution de Stéphane Bergeron à l'occasion de son assermentation à titre de député de Verchères le 18 janvier 2006
« Monsieur le chef du Parti Québécois,
Madame la chef de l'opposition officielle,
Chères/Chers collègues de l'Assemblée nationale
et des différents conseils municipaux de la circonscription de Verchères,
Chères/Chers ami(e)s,
Je suis touché de vous voir présentes et présents en si grand nombre et vous en remercie du fond du cœur. Et pour cause... C'est non sans une certaine émotion que j'ai pris part, il y a quelques instants, à mon assermentation à titre de membre de l'Assemblée nationale du Québec. Et pourtant... C'est la cinquième fois, aujourd'hui, que je prête serment comme parlementaire, mais c'est la toute première fois, dans mon cas, que cette cérémonie revêt un tel caractère public. Mes précédentes assermentations se sont toujours déroulées de façon très intime, dans l'anonymat le plus complet. Je n'ai jamais invité personne à y assister, pas même mes collaboratrices et collaborateurs les plus proches, ni même ma conjointe Johanne. Je faisais ça, comme on dit par chez nous, « à la sauvette »!
C'est que je ne voyais là nul motif de célébration. Pour moi, l'assermentation ne constituait qu'une formalité, un passage obligé, pour me permettre de m'acquitter de mes responsabilités. En fait, ce rituel m'est même apparu comme une étape difficile, puisque le bon sens livrait alors une âpre lutte à ma conscience. Je pensais en effet, en posant le geste, à nos ancêtres canadiens, qui, sous le régime anglais, étaient forcés de prêter le serment du test pour pouvoir exercer une charge publique; à mes ancêtres acadiens, dépossédés de leurs biens et déportés dans des conditions misérables sous le prétexte fallacieux qu'ils avaient prétendument refusé de prêter un serment d'allégeance inconditionnel parfaitement futile, en raison de leur statut avéré de sujets britanniques. Je ressentais un profond sentiment d'impuissance et de honte, à l'idée de trahir ainsi leur mémoire en me prêtant à cet acte officiel qui avait été, pour eux, source de tant de malheurs.
Alors pourquoi tant d'apparat aujourd'hui? C'est que cette assermentation qui a pris place, il y a quelques instants, au cœur même de ce haut lieu à l'intérieur duquel se manifeste toute la vitalité de la vie démocratique du peuple québécois, revêt un caractère particulier. Celle-ci ne s'articule pas simplement autour du seul serment d'allégeance prêté à une souveraine, qui, quoique nôtre dans le cadre constitutionnel actuel, nous est généralement étrangère et indifférente, mais aussi d'un deuxième serment de loyauté prêté, cette fois, au peuple et à la constitution du Québec.
C'est par ce geste solennel, je crois, que notre mandat, en tant que parlementaire, prend tout son sens démocratique et national. Voilà donc une autre des caractéristiques qui distinguent la cérémonie d'assermentation qui a cours à la Chambre des communes de celle à laquelle je viens tout juste de me prêter en tant que membre de l'Assemblée nationale du Québec. À travers cette distinction, en apparence anodine, s'expriment deux visions totalement différentes, pour ne pas dire diamétralement opposées, du pays.
Pour les Canadiennes et Canadiens, qu'ils soient de Gander, Toronto, Moose Jaw, Saskatoon ou Vancouver, il ne fait aucun doute que leur gouvernement national est le gouvernement du Canada et que leur parlement national est le Parlement du Canada. Pour la vaste majorité des Québécoises et Québécois, par contre, y compris de celles et ceux qui croient encore que l'avenir du Québec passe par le régime fédéral existant, il va de soi que le gouvernement national est le gouvernement du Québec et que le parlement national est le Parlement du Québec, nommément l'Assemblée nationale du Québec. Pour la vaste majorité des Québécoises et des Québécois, le gouvernement du Canada est le gouvernement et le Parlement du Canada le parlement de la fédération canadienne.
Que voilà un sérieux malentendu découlant de la vision des deux peuples fondateurs, que les Québécoises et Québécois entretiennent avec opiniâtreté depuis 1867. Mais une telle chose n'existe plus depuis que Pierre Elliott Trudeau a rompu le contrat moral conclu par le Québec avec ses partenaires initiaux, lors de la signature de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, en faisant du Canada une structure composée de provinces toutes égales les unes par rapport aux autres.
Ce malentendu fondamental ne fait qu'accentuer le caractère disfonctionnel de la structure politique actuelle du Canada. Aussi nous faudra-t-il bientôt modifier le cadre politique et constitutionnel du Québec, de telle sorte de mettre un terme à ces relations laborieuses que nous entretenons avec le Canada depuis des décennies et de jeter les bases d'un partenariat harmonieux avec nos voisins et les autres membres de la communauté internationale. C'est par la souveraineté, en effet, que le Québec pourra assumer pleinement ce caractère national dont il a déjà conscience. C'est donc la perspective de la réalisation imminente de ce noble objectif qui guidera chacune de mes actions à titre de membre de l'Assemblée nationale.
Je vous remercie. »
