Dans le cadre des consultations entreprises par la Commission scolaire des Patriotes à propos du projet de fermeture de l’école J.-P.-Labarre
C’est non sans une certaine déception que nous apprîmes la décision de la Commission scolaire de procéder à une consultation au sujet de la possibilité de fermer l’école J.-P.-Labarre. Non pas que les décisions antérieures de la Commission scolaire ou les tendances actuelles de la courbe démographiques ne nous aient pas préparés à l’éventualité d’un tel scénario, mais bien parce que ce que celui-ci repose essentiellement sur des considérations d’ordre statistique, alors que j’ai, pour ma part, la responsabilité d’envisager le développement des communautés que je représente dans une perspective beaucoup plus large.
Or l’école J.-P.-Labarre constitue le plus vieil établissement d’enseignement public de la Ville de Varennes. Nombre d’adultes actuels de la communauté de Varennes et des environs ont eu l’occasion de franchir ses murs. Il s’agit d’un établissement prenant place au cœur même de Varennes, sur le boulevard Marie-Victorin, qui constitue la principale artère routière et commerciale de la municipalité, mais qui souffre de la présence déjà trop nombreuse de terrains vagues et de bâtiments désaffectés. En outre, cette école offre à la communauté varennoise l’un des plus grands gymnases du territoire. La fermeture de l’école J.-P.-Labarre constituerait donc un événement lourd de conséquences pour Varennes et les environs.
Dans le contexte actuel, les statistiques sont pourtant d’une évidence implacable. La courbe démographique indique une baisse marquée et continue du nombre d’élèves au primaire ces dernières années et pour les prochaines années. La fermeture de classes apparaît donc inévitable à court terme, afin d’assurer la viabilité financière des opérations de la Commission scolaire des Patriotes et la qualité des services offerts aux élèves dans les écoles du territoire.
Cela dit, tout indique que la situation démographique de Varennes est appelée à connaître des variations qui étaient imprévues au moment où le conseil des commissaires a pris la décision de fermer l’école J.-P.-Labarre. En effet, cette décision est antérieure à celle du ministère des Affaires municipales et de la Métropole ayant pour effet d’accepter le plan d’aménagement de la MRC Lajemmerais, lequel prévoit un développement domiciliaire à Varennes. Qui plus est, la Ville de Varennes déploie beaucoup d’énergie, cette fois-ci, afin d’associer les milieux agricoles à la démarche, augmentant d’autant la possibilité d’une réponse positive de la part de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). Il est donc possible que cette décision de la Commission scolaire des Patriotes puisse éventuellement nous apparaître comme ayant été quelque peu prématurée.
Il serait donc souhaitable, le temps que la situation se précise, que la Commission scolaire des Patriotes repousse d’une année la mise en œuvre de la décision, advenant que celle-ci soit effectivement maintenue. Ce report d’une année serait d’autant plus souhaitable qu’il permettrait d’éviter que les écoles restantes, sur le territoire de la Ville de Varennes, aient à composer, pendant cette même année, avec un nombre insuffisant de locaux pour les cours d’anglais, les dîners et services de garde, etc.
Il sera toujours possible, au terme de cette année transitoire, de mettre en œuvre la décision prise par le conseil des commissaires ou de la réévaluer à la lumière des faits qui seraient alors survenus ou qui seraient annoncés dans le dossier du développement domiciliaire de Varennes. Advenant la mise en œuvre de ce développement domiciliaire, la Commission scolaire pourra alors se féliciter de ne pas avoir procédé à la fermeture de l’école J.-P.-Labarre, ce qui aurait probablement donné lieu à la nécessité d’une nouvelle construction.
Dans l’éventualité, toutefois, où le développement domiciliaire envisagé par la Ville de Varennes ne devait pas se concrétiser et que la décision de fermer l’école J.-P.-Labarre devait finalement être mise en œuvre, il convient, dès maintenant, de réfléchir sur ce qu’il adviendrait de ces installations remarquables, même si je ne suis pas sans savoir que le conseil des commissaires, en vertu du processus qu’il s’est donné, se refuse à entendre, dans le cadre de la présente consultation, les représentations en ce sens.
Même si le développement domiciliaire prévu par les autorités municipales de Varennes devait ne pas se concrétiser, peut-être ne serait-il pas nécessaire de fermer complètement l’école J.-P.-Labarre, du moins à court terme. Compte tenu de la courbe démographique présentée par la Commission scolaire, il appert que la fermeture complète de l’école J.-P.-Labarre se traduirait, dans les années suivant ladite fermeture, par un manque de locaux, dans les écoles restantes, pour les cours d’anglais, les dîners et services de garde, etc.
Sous réserve de la faisabilité financière et technique de cette proposition, on pourrait donc envisager le maintien, en tant qu’école primaire, d’une partie de l’édifice de l’école J.P.-Labarre. Le reste du bâtiment pourrait être loué ou vendu. Cette hypothèse aurait l’avantage de conserver à la Commission scolaire une marge de manœuvre toute relative advenant le déblocage à moyen terme du développement domiciliaire envisagé par les autorités municipales de Varennes, tout en atténuant les effets, sur la communauté et les autres écoles, de la fermeture, dès lors partielle, de l’école J.-P.-Labarre.
Advenant la fermeture définitive de l’ensemble de l’école primaire J.-P.-Labarre, au terme de l’année transitoire prévue dans ce document, je soumets respectueusement qu’il ne saurait être question, dans mon esprit, que ce bâtiment, qui fait figure de symbole au cœur même de Varennes, soit privé de sa vocation éducative. Je plaide pour qu’on envisage alors de transformer l’école J.-P.-Labarre en école secondaire.
Cette hypothèse de solution aurait l’avantage de répondre à plusieurs problèmes apparents. D’une part, cela permettrait de rapatrier à Varennes l’ensemble des élèves de 4e et 5e secondaires de Varennes, Verchères et Calixa-Lavallée. On pourrait également envisager d’y rediriger les élèves de 4e et 5e secondaires de Saint-Amable.
Je postule que l’un des facteurs expliquant l’attraction d’une importante proportion d’élèves de Varennes et des environs vers le secteur privé, notamment au Collège Saint-Paul, se résume au fait que les parents ont alors l’assurance que leurs enfants pourront compléter l’ensemble de leur cycle secondaire dans le même milieu et, dans le cas de Saint-Paul, dans leur propre communauté. Notons que des organismes comme la Maison des Jeunes de Varennes voient leur clientèle déserter les services offerts au moment du transfert pour le dernier cycle du secondaire.
En offrant aux élèves la possibilité de compléter l’ensemble des cycles secondaires à Varennes, je ne doute pas, par conséquent, qu’une telle décision puisse avoir un effet très positif sur le taux de fréquentation au secteur public. Qui plus est, je crois savoir que l’école secondaire de Mortagne doit refuser chaque année plusieurs dizaines de postulants au programme sport-études. Le rapatriement, à Varennes, d’une importante cohorte d’élèves de 4e et 5e secondaires pourrait donc avoir pour effet de libérer les espaces nécessaires à l’accueil de ces postulants, ce qui permettrait à l’école secondaire de Mortagne de répondre à la demande, assoyant plus clairement encore sa réputation et sa vocation en tant que centre d’excellence pour le secteur sport-études.
Finalement, nous pourrions profiter de l’occasion pour corriger une situation incongrue qui perdure depuis un certain nombre d’années, à savoir le transfert, dans la Commission scolaire de Sorel-Tracy, des élèves de Contrecoeur fréquentant le niveau secondaire. Les autorités locales, résolument tournées vers l’ouest, dans la perspective de leur participation à la CMM et à la MRC Lajemmerais, déploient beaucoup d’énergie à tenter de créer ce nécessaire sentiment d’appartenance au sein de la communauté. L’école constituant un milieu privilégié de socialisation, il y a fort à parier que la situation qui prévaut actuellement, au niveau scolaire, vienne contrecarrer les efforts des autorités municipales en ce sens.
Qui plus est, le contexte actuel provoque, au quotidien, des situations dont les jeunes contrecoeurois peuvent occasionnellement faire les frais. Pour tous leurs besoins en matière de santé et de services sociaux, les jeunes de Contrecoeur ne sauraient être référés au CLSC dont relève l’école qu’ils fréquentent, puisqu’ils relèvent eux-mêmes du CLSC des Seigneuries.
Pour la plupart des personnes consultées à Contrecoeur, la perspective de voir leurs enfants compléter l’ensemble de leur cycle secondaire à Varennes apparaît comme une situation au pire, acceptable, au mieux, souhaitable. En effet, la différence entre Varennes et Sorel-Tracy, pour ce qui est de la distance, n’est guère notable pour la majorité des familles de Contrecoeur. Par ailleurs, la situation actuelle constituant toujours une solution «temporaire» susceptible d’être éventuellement modifiée, la perspective de voir leurs enfants dirigés vers une autre destination que Varennes ne sourit pas du tout aux personnes consultées. Encore une fois, la Commission scolaire ne pourra alors que se féliciter ou se désoler du sort qu’elle aura réservé à ces installations remarquables de l’école J.-P.-Labarre…
Ce rapatriement à Varennes de l’ensemble des élèves de Varennes, Verchères, Calixa-Lavallée et, éventuellement, de Saint-Amable et de Contrecoeur, en plus de répondre à des considérations et impératifs techniques, aurait pour effet de s’inscrire dans un contexte administratif et communautaire beaucoup plus cohérent. Des considérations financières devraient alors être inévitablement prises en compte, mais j’assure les commissaires de ma collaboration la plus assidue, afin de tenter de dénicher des sources de revenus externes au budget récurrent de la Commission scolaire. En ma qualité de député de Verchères, je ne puis concevoir que nous envisagions de fermer un établissement sur notre territoire, alors que des élèves de notre territoire poursuivent leur études à l’extérieur de notre territoire.
Je vous soumets donc respectueusement, comme je l’évoquais plus tôt, ces pistes de réflexion, qui sont le fruit de mes propres observations, mais également de consultations entreprises auprès de citoyennes et de citoyens, parmi lesquels figurent des commissaires scolaires, des membres de conseils d’établissement et des élus et fonctionnaires municipaux. Conscient de la difficulté de la tâche qui vous incombe, compte tenu du cadre administratif et financier à l’intérieur duquel vous devez opérer, j’ose espérer que ces modestes suggestions sauront enrichir votre réflexion et vous être d’une quelconque utilité pour la délicate décision que vous vous apprêtez à prendre.